Turquie : la résistance de Nuriye et Semih

44

Nuriye Gülmen et Semih Ozakça poursuivent, malgré la menace de mort, une grève de la faim et ce depuis le 9 mars. Ils ne survivent que grâce à de l’eau, du sucre, du sel, de la vitamine B1 et un incroyable courage. Ces deux enseignants figurent parmi les 50.000 professeurs chassés de leur travail sur simple soupçon de complicité avec les putchistes de juillet 2016 ou de critiques envers le gouvernement dictatorial de Recep Tayyip Erdogan. Dans le cadre de l’état d’urgence instauré par le président turc, 150.000 fonctionnaires ont aussi été limogés ainsi que 5.000 académiciens. C’est tout le savoir, la culture, la pensée libre qui sont ainsi traqués par ce pouvoir impitoyable.

Les deux enseignants réclamaient leur réintégration en manifestant devant le monument aux droits de l’Homme, rue Yüksel à Ankara. De novembre 2016 à mars 2017, chaque jour, ils étaient arrêtés et tabassés par la police. Chaque jour, ils revenaient au pied de ce monument, rejoints par d’autres enseignants et fonctionnaires victimes des purges.

En désespoir de cause, ils ont entamé une grève de la faim le 9 mars. 75 jours après, ils ont été arrêtés pour « terrorisme » ! Et la statue aux droits de l’Homme a été encerclée de barrières afin de briser les manifestations qui se poursuivaient. Pendant le mois d’août, les fêtes et rassemblements même culturels ont été interdits par la préfecture d’Ankara.

La seule revendication de Nuriye et de Semih : retrouver leur job à savoir les enfants, les classes, leurs familles. Retrouver le droit de travailler et donc la dignité. Ils appellent tous les travailleurs à les aider à retrouver ce droit essentiel, pour eux et pour les milliers de personnes chassées de leurs emplois à cause d’une répression aveugle, sans le moindre jugement et sans le moindre recours possible.

Pour casser cette contestation, le pouvoir en place a accusé les deux enseignants d’être membres du Front du parti révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), une organisation responsable de plusieurs assassinats et attentats, ce qui leur vaudrait jusqu’à vingt ans d’emprisonnement. Leurs avocats se sont adressés à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour réclamer la fin de leur détention provisoire. Le 2 août, la Cour a rejeté leur demande de mise en liberté arguant que leur détention à l’hôpital de la prison de Sincan ne fait pas « peser sur eux un risque réel et imminent de dommage irréparable pour leur vie ou leur intégrité physique ». Et les juges de Strasbourg de leur suggérer de « cesser leur grève de la faim ».

En Turquie, faire une grève de la faim est qualifié de crime et les grévistes considérés comme des « terroristes » alors que la seule violence qu’ils exercent se fait contre eux-mêmes, dans l’espoir qu’une action pacifique pour l’application des droits élémentaires de tout être humain soit enfin reconnue par un pouvoir en place. Le cas le plus emblématique de grève de la faim fut celui de Gandhi luttant contre le colonialisme britannique. Autre cas dramatique et que citent volontiers les soutiens à Nuriye et Semih : Bobby Sand, activiste de l’IRA, mort après 66 jours de grève de la faim dans la prison irlandaise de Maze le 5 mai 1981. Après lui, 9 autres activistes sont décédés pour la même raison. Ils protestaient contre le fait que les détenus politiques aient été considérés comme des criminels de droit commun et traités comme tels.

Il faut dire que le gouvernement britannique était présidé à l’époque par Mme Thatcher, surnommée la « dame de fer ». Comment surnommera-t-on le président Erdogan, lui qui traite de terroristes des enseignants mourant pour le droit au travail et qui emprisonne des défenseurs des droits humains dont le président et la directrice d’Amnesty international-Turquie?

Plus d’informations : https://hungryforourjobs.wordpress.com/

https://blogs.mediapart.fr/amnesty-international/blog/200717/que-faudra-t-il-pour-que-le-monde-sorte-de-son-silence-sur-la-turquie